Aller au contenu

Réintégration des amortissements et plus-value LMNP : la règle depuis 2025

Pendant vingt ans, l’amortissement LMNP a cumulé deux avantages rares. Il réduisait les loyers imposables pendant la détention, puis il s’évanouissait totalement du calcul de la plus-value à la revente. L’article 84 de la loi de finances pour 2025 a coupé le second. Depuis le 15 février 2025, chaque euro amorti revient hanter la cession.

La mesure s’inscrit dans une réforme plus large de la fiscalité du meublé. La loi Le Meur et la loi de finances 2025 durcissent aussi l’abattement micro-BIC saisonnier et les normes énergétiques, avec un mouvement d’ensemble retracé dans notre dossier sur la réforme LMNP. Ici, le gouvernement assume l’alignement par un argument de cohérence : les loueurs en meublé professionnels réintégraient déjà les amortissements, les non-professionnels y échappaient. Cette asymétrie n’avait jamais été franchement justifiée.

Concrètement, la base imposable d’une cession LMNP grimpe mécaniquement du montant cumulé des amortissements pratiqués. Sur un dossier standard, l’écart d’imposition tourne autour de 18 000 €. Ce chiffre change la rentabilité nette d’un bien revendu à 10 ou 15 ans, beaucoup moins celle d’un bien détenu 25 ans grâce aux abattements pour durée de détention.

Texte applicable
Article 84 LF 2025
Loi n° 2025-127 du 14 février 2025.
Hausse type d’impôt
+18 100
Bien à 200 000 €, revendu 300 000 €, 50 000 € amortis.
Exonération IR
22 ans
Abattement progressif maintenu, exonération totale 30 ans pour les PS.
Recommandation 2026
Indy garde le compteur exact des amortissements à réintégrer.
Ventilation par composants, historique conservé sur toute la durée de détention, simulation de la plus-value à la cession. 30 jours offerts, sans engagement.
Tester 30 jours gratuits →

Lien d’affiliation. Tarifs indiqués sur le site Indy.

Ce que l’article 84 de la loi de finances 2025 a vraiment changé

La réforme tient en une seule modification de formule, mais ses effets remontent loin dans la mécanique du LMNP. Avant le 15 février 2025, deux régimes coexistaient sans se parler. Désormais, ils convergent presque totalement, à l’exception du barème de la plus-value lui-même.

Avant : l’asymétrie qui faisait du LMNP un placement à part

Sous l’ancien régime, le bailleur LMNP au réel déduisait jusqu’à 3 % du gros œuvre par an sur 25 à 30 ans, plus le mobilier sur 5 à 10 ans. Ces amortissements absorbaient l’essentiel des loyers, parfois la totalité, pendant 10 à 15 ans. Et au moment de la revente, le calcul de la plus-value ignorait totalement ces déductions, en application du régime des plus-values des particuliers (article 150 VB du CGI).

Cette double détente faisait du LMNP un cas d’école fiscal. Le bailleur réduisait son IR pendant 15 ans, puis revendait sans pénalité, en cumulant les abattements pour durée de détention classiques. Aucun autre régime locatif ne combinait ces deux faveurs. Le LMP, lui, réintégrait depuis toujours les amortissements à la cession.

Après : alignement partiel sur le régime des LMP

L’article 84 modifie l’article 150 VB du CGI : le prix d’acquisition retenu pour calculer la plus-value est désormais diminué du montant total des amortissements admis en déduction pendant la période de location. La nouvelle formule devient : plus-value brute = prix de cession moins (prix d’acquisition diminué des amortissements déduits).

L’alignement reste partiel. Le bailleur LMNP conserve le régime des plus-values des particuliers, donc les abattements pour durée de détention (à partir de la 6ᵉ année), l’exonération IR à 22 ans et l’exonération des prélèvements sociaux à 30 ans. Le LMP, lui, relève du régime des plus-values professionnelles, sans ces abattements. La différence reste structurelle pour les détentions longues.

À retenir
Le gouvernement justifie l’alignement par un objectif budgétaire : récupérer plusieurs centaines de millions d’euros de recettes annuelles, et corriger ce que l’administration qualifie depuis longtemps d’anomalie fiscale. Le débat parlementaire de février 2025 a été expéditif : article adopté via 49.3 par le gouvernement Bayrou, motion de censure rejetée le 5 février.

La nouvelle formule de calcul de la plus-value

La mécanique se résume en une ligne, mais la mise en œuvre exige de retrouver le cumul exact des amortissements pratiqués depuis la première année de location. Cette donnée se trouve dans la liasse 2031 année par année, ou dans le bilan d’ouverture du logiciel comptable. Sans cet historique, le calcul est impossible à reconstituer proprement.

Le prix d’acquisition diminué du cumul d’amortissements

Le prix d’acquisition initial reste majoré des frais de notaire, des frais d’agence et des travaux d’amélioration éligibles. Mais la loi soustrait désormais le cumul d’amortissements déduits sur la durée totale de la location. Concrètement, un bien acheté 200 000 € avec 50 000 € amortis donne un prix d’acquisition retenu de 150 000 €, et non plus 200 000 €. La plus-value brute monte d’autant.

L’amortissement du mobilier est traité différemment selon les analyses. La position dominante des fiscalistes en mai 2026, en attente du BOFiP officiel, intègre le mobilier dans la réintégration. Quelques cabinets soutiennent l’inverse au motif que le mobilier ne fait pas partie de l’assiette de la plus-value immobilière, mais cette lecture reste minoritaire. Mieux vaut tabler sur la réintégration totale tant que le commentaire administratif n’est pas publié.

Le régime des plus-values des particuliers conservé

Le taux d’imposition reste celui des particuliers : 19 % d’IR au titre de la plus-value, plus 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 36,2 % au total en 2025. Le passage à 18,6 % de prélèvements sociaux acté pour 2026 portera le total à 37,6 %. Cet ajustement est documenté dans notre fiche sur la réforme des prélèvements sociaux LMNP.

Les abattements pour durée de détention restent intacts. À partir de la 6ᵉ année, abattement de 6 % par an pour l’IR jusqu’à la 21ᵉ, puis 4 % la 22ᵉ. Pour les PS, abattement plus lent (1,65 % par an de la 6ᵉ à la 21ᵉ, 1,60 % la 22ᵉ, 9 % par an de la 23ᵉ à la 30ᵉ). L’exonération IR tombe à 22 ans, l’exonération PS à 30 ans. Cette grille d’abattements est le levier numéro un d’optimisation post-réforme.

Étape Avant 15/02/2025 Depuis 15/02/2025
Prix de cession 300 000 € 300 000 €
Prix d’acquisition retenu 200 000 € 150 000 €
Plus-value brute 100 000 € 150 000 €
IR (19 %) 19 000 € 28 500 €
Prélèvements sociaux (17,2 %) 17 200 € 25 800 €
Impôt total 36 200 € 54 300 €

L’exemple chiffré qui fait mal

Le tableau ci-dessus reprend le cas le plus cité dans la presse fiscale. Il vaut la peine de le décomposer ligne par ligne pour comprendre où la facture s’alourdit, et pourquoi certains profils encaissent +50 % d’impôt à la cession alors que d’autres restent presque indifférents.

Bien à 200 000 €, revendu 300 000 € : +18 100 € d’impôt

Sur un bien classique en LMNP étudiant ou jeune actif, le rythme d’amortissement courant tourne autour de 5 000 € par an au régime réel. Sur 10 ans de détention, le cumul atteint 50 000 €. Avant la réforme, ce cumul restait sans incidence : la plus-value se calculait simplement sur la différence prix de cession moins prix d’acquisition, soit 100 000 €. L’impôt total ressortait à 36 200 € avant abattements.

Depuis février 2025, le prix d’acquisition retenu chute de 200 000 € à 150 000 €. La plus-value brute passe à 150 000 €. L’impôt grimpe à 54 300 €, soit 18 100 € de plus, une hausse de 50 %. Sur un dossier détenu 8 ans, sans abattement encore acquis, l’augmentation est intégrale. Sur un dossier détenu 15 ans, l’abattement IR de 60 % et PS de 16,5 % atténue partiellement le choc, sans le supprimer.

Le poids des prélèvements sociaux qui grimpent à 18,6 % en 2026

Le piège ne se limite pas à la réintégration. Les prélèvements sociaux applicables à la plus-value passent de 17,2 % à 18,6 % au 1ᵉʳ janvier 2026, dans le cadre du même mouvement de fond budgétaire. Sur l’exemple ci-dessus, le surcoût total bascule de 18 100 € à environ 19 200 €. Une cession actée en décembre 2025 reste à l’ancien taux PS, une cession actée en janvier 2026 paie le nouveau.

Le calendrier de cession devient donc un levier fiscal en soi. Pour une revente déjà décidée, la question n’est plus seulement « avant ou après la 22ᵉ année » mais aussi « avant ou après janvier 2026 ». Sur des dossiers à plus-value supérieure à 80 000 €, le différentiel se chiffre en milliers d’euros. Le simulateur Indy ↗ sort le calcul actualisé en deux clics, taux 2025 ou taux 2026 au choix.

Les exceptions que la loi a (timidement) prévues

L’article 84 prévoit deux dérogations explicites et un régime particulier pour certaines résidences services. La portée de ces exceptions reste étroite. La majorité des bailleurs LMNP standards n’en bénéficie pas.

Les résidences services à vocation sociale conservent l’ancien régime

Les biens loués en résidence étudiante, résidence senior, EHPAD et établissement de soins longue durée échappent à la réintégration. La logique politique : préserver l’attractivité de l’investissement dans ces actifs jugés socialement utiles, où le marché peine déjà à attirer des capitaux privés. Pour ces biens, la plus-value se calcule comme avant : prix de cession moins prix d’acquisition, sans soustraction des amortissements.

L’avantage est réel mais il ne change pas tout. Ces résidences offrent souvent des rendements bruts inférieurs (3,5 à 4,5 % HT) à ceux d’un meublé classique en zone tendue (5 à 6 % HT). Le calcul d’opportunité doit intégrer la rentabilité globale, pas seulement la fiscalité de cession.

Les travaux d’amélioration faits par entreprise échappent à la réintégration

Deuxième exception : les amortissements correspondant à des dépenses de construction, reconstruction, agrandissement ou amélioration réalisées par une entreprise, déjà déduites des revenus locatifs, ne sont pas réintégrés. La logique tient à l’article 150 VB du CGI : ces travaux peuvent être ajoutés au prix d’acquisition pour calculer la plus-value brute. Réintégrer leurs amortissements reviendrait à les compter deux fois.

En pratique, cette exception protège surtout les bailleurs ayant rénové lourdement leur bien (cuisine équipée, salle de bains complète, isolation). Elle ne couvre ni les travaux d’entretien courant, ni les travaux faits soi-même, ni les amortissements de la structure d’origine. La part exonérée reste donc minoritaire dans le cumul total d’amortissements.

Attention à la portée temporelle
Une réponse ministérielle Mette du 24 mars 2026 (question n° 10097, JOAN p. 2523) confirme un point sensible : la réforme s’applique à toutes les cessions actées à compter du 15 février 2025, peu importe la date de mise en location. Les amortissements pratiqués avant 2025 sont donc concernés. L’administration parle d’une modification de règles d’assiette, pas d’une rétroactivité, mais l’effet est le même pour le contribuable.

Stratégies concrètes pour limiter la note de cession

La réforme ferme la porte mais laisse trois fenêtres ouvertes : la durée de détention, la transmission par donation ou succession, et le retour en résidence principale. Aucune n’est universellement applicable, chacune répond à un profil patrimonial précis. Le sujet s’inscrit dans la stratégie globale post-loi Le Meur.

Détention longue : l’abattement reste votre meilleur ami

L’abattement pour durée de détention efface 100 % de l’IR à 22 ans et 100 % des PS à 30 ans. Sur un bien tenu 25 ans avec 75 000 € d’amortissements cumulés et 200 000 € de plus-value brute après réintégration, l’IR tombe à zéro et les PS subsistent partiellement. La réintégration coûte des points sur les PS résiduels, mais la note totale reste très inférieure à celle d’une revente à 12 ans.

La logique inverse celle d’avant 2025. Avant la réforme, on pouvait revendre à 10 ou 15 ans sans pénalité majeure. Désormais, la fenêtre de revente fiscalement neutre se déplace au-delà de 22 ans pour l’IR. Pour un investissement neuf en 2026, cela signifie penser sortie autour de 2048-2056 plutôt que 2036-2041.

Donation, succession, retour en résidence principale

La transmission par donation ou succession contourne intégralement la plus-value. Aucun calcul de cession n’est déclenché par un transfert non onéreux. Les héritiers ou donataires reçoivent le bien à sa valeur vénale du jour de la transmission, qui devient leur nouveau prix d’acquisition. La réintégration disparaît avec elle. C’est l’argument patrimonial fort des cabinets spécialisés en LMNP : envisager la transmission plutôt que la revente sur les actifs à fort cumul d’amortissements.

Le retour en résidence principale est plus marginal mais réel. Si le bien est revendu pour financer l’achat de la résidence principale du cédant, sous trois conditions cumulatives (première vente après 2012, pas propriétaire depuis 4 ans, réemploi sous 24 mois), l’exonération est totale. Cette voie ne convient qu’aux profils en transition résidentielle, pas aux investisseurs purs.

Erreur fréquente
Réduire volontairement les amortissements pour limiter la réintégration future. Mauvais calcul. Le gain immédiat (impôt sur les loyers réduit grâce à l’amortissement) reste très supérieur à l’économie de plus-value future, surtout si la détention dépasse 15 ans. Amortir au maximum reste la stratégie optimale dans 90 % des cas. La discipline doit porter sur le suivi exhaustif du cumul, pas sur sa minoration.
Suivi du cumul d’amortissements
Indy garde la trace de chaque euro amorti, année après année.
Historique conservé sur toute la durée de détention, simulation de la plus-value à la cession aux taux 2025 et 2026, alertes sur les pièges de la réintégration. 30 €/mois contre 800 €/an pour un comptable.
Tester 30 jours gratuits →

Lien d’affiliation. Tarifs indiqués sur le site Indy.

Notre avis
4,2/5
Le LMNP reste avantageux, mais sa fenêtre de sortie a changé.
La réintégration ferme la double détente fiscale qui faisait du LMNP un cas à part. Sur les détentions courtes ou moyennes (8 à 15 ans), la facture de cession grimpe d’environ 50 %. Sur les détentions longues (22 ans pour l’IR, 30 ans pour les PS), l’effet s’amenuise voire disparaît. Le statut reste fiscalement plus efficace que la location nue pendant la phase de détention, à condition d’amortir au maximum et de tenir un historique précis. La sortie se planifie désormais sur le long terme ou par voie de transmission.
Données mai 2026 Avis indépendant 3 cas chiffrés

Questions fréquentes

La réforme s’applique-t-elle aux amortissements pratiqués avant 2025 ?
Oui. La réponse ministérielle Mette du 24 mars 2026 (question n° 10097) confirme que toutes les cessions actées à compter du 15 février 2025 sont concernées, peu importe la date de mise en location. L’ensemble des amortissements pratiqués depuis le début de l’activité doit donc être réintégré. L’administration qualifie ce mécanisme de modification d’assiette, pas de rétroactivité, mais le résultat est identique pour le contribuable.
Le régime micro-BIC est-il concerné par la réintégration ?
Non. Le régime micro-BIC ne pratique aucun amortissement comptable, donc rien à réintégrer à la cession. La plus-value se calcule comme pour n’importe quel particulier : prix de cession moins prix d’acquisition, avec abattements pour durée de détention. Le micro-BIC reste paradoxalement protégé par sa simplicité, même si l’abattement forfaitaire est tombé à 30 % en location classique et 50 % en saisonnier classé depuis 2025.
À partir de quelle durée de détention l’impôt sur la plus-value disparaît-il ?
L’IR à 19 % est totalement effacé après 22 ans grâce à l’abattement progressif (6 % par an de la 6ᵉ à la 21ᵉ année, puis 4 % la 22ᵉ). Les prélèvements sociaux à 17,2 % (18,6 % à partir de 2026) tombent à zéro après 30 ans. Entre les deux, abattement progressif aussi mais plus lent. Une revente à 25 ans laisse donc subsister une fraction des PS, l’IR étant déjà neutralisé.
Une donation ou une succession permet-elle d’échapper à la réintégration ?
Oui, totalement. Une donation ou une succession ne déclenche pas de calcul de plus-value puisqu’il n’y a pas de cession à titre onéreux. Les bénéficiaires reçoivent le bien à sa valeur vénale du jour de la transmission, qui devient leur nouvelle base d’acquisition. Tous les amortissements antérieurs s’effacent. Cette voie devient particulièrement intéressante pour les patrimoines LMNP à fort cumul d’amortissements détenus depuis 15 ans ou plus.
Faut-il limiter les amortissements pour réduire la réintégration future ?
Non, dans la quasi-totalité des cas. Le gain fiscal immédiat de l’amortissement (économie d’IR sur les loyers, parfois pendant 10 à 15 ans consécutifs) dépasse largement l’économie de plus-value future, même après réintégration. Amortir au maximum reste optimal. La vigilance porte sur le suivi exhaustif du cumul, à conserver dans la liasse 2031 et le bilan comptable, pour calculer correctement la plus-value le jour de la cession.

À lire aussi

La newsletter LMNP, deux fois par mois.
Le décryptage d’une actu fiscale, sans bruit. Désinscription en 1 clic.