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Liste des meubles obligatoires en location meublée : ce que le décret impose vraiment (et ce qu’il ne dit pas)

Le seul élément manquant suffit. La cour d’appel de Paris l’a rappelé en novembre 2024 : une chambre dépourvue de literie expose le bailleur à voir son bail meublé requalifié en bail vide, et toute la fiscalité LMNP s’effondre avec. Le mobilier d’un meublé ne se choisit pas à l’instinct, il se coche poste par poste sur une liste réglementaire précise.

Le décret n° 2015-981 du 31 juillet 2015 dresse la liste exhaustive de onze catégories d’équipements à fournir, prise en application de l’article 25-4 de la loi du 6 juillet 1989. Ce socle conditionne le statut juridique du bail, et donc toute la fiscalité d’un investissement LMNP qui en découle.

En pratique, beaucoup de bailleurs équipent à minima sans vérifier la liste poste par poste. Quand un litige éclate, c’est l’inventaire annexé au bail qui sert d’arbitrage. Mieux vaut donc connaître la liste avant la mise en location, pas après une convocation devant le juge.

Équipements minimum
11 catégories
Décret n°2015-981 du 31 juillet 2015.
Budget mobilier studio
2 100
Fourchette basse, 4 800 € haut de gamme.
Préavis bailleur
3 mois
Contre 6 mois en location vide.
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Les 11 catégories du décret n°2015-981

Le décret du 31 juillet 2015 a clos un long débat jurisprudentiel sur la définition du meublé. Avant lui, la qualification dépendait de l’appréciation souveraine du juge. Désormais, la liste officielle fait foi, et chaque équipement compte. Voici comment elle se découpe en trois familles fonctionnelles : couchage, cuisine, séjour.

Couchage et occultation : le socle de la résidence

La literie complète constitue la première exigence. Elle inclut un sommier, un matelas, ainsi qu’une couette ou une couverture. Un simple matelas posé au sol ne tient pas la route en cas de contentieux. Le canapé-lit convertible est en revanche accepté par la jurisprudence, à condition qu’il offre un vrai couchage et non un dépannage d’appoint.

L’occultation des fenêtres concerne uniquement les pièces destinées au sommeil, c’est-à-dire les chambres. Volets, rideaux occultants ou stores remplissent l’obligation. Un voilage fin ne suffit pas, car il laisse passer la lumière du matin. Cette nuance paraît mineure, mais elle constitue un motif récurrent d’inventaire contesté.

La cuisine équipée au minimum réglementaire

Le décret impose des plaques de cuisson sans préciser le nombre de feux, puis un four ou un four à micro-ondes. L’un ou l’autre suffit, pas besoin des deux. Un grille-pain ne remplace ni l’un ni l’autre, point souvent ignoré par les bailleurs débutants en location courte.

La réfrigération exige un réfrigérateur équipé d’un compartiment maintenu à une température inférieure ou égale à 6 °C négatifs, ou un duo réfrigérateur plus congélateur séparé. La vaisselle doit être « nécessaire à la prise des repas », soit au minimum un jeu complet par occupant prévu au bail. Les ustensiles de cuisine (casseroles, poêles, couverts) viennent en complément.

Mobilier de séjour, rangement et entretien

Une table et des sièges en nombre adapté permettent la prise des repas, donc le verbe « manger » du texte légal. Les étagères de rangement couvrent l’exigence de stockage, ce qui inclut typiquement une armoire ou une commode dans la chambre, plus quelques rangements dans la cuisine et la salle de bain.

Les luminaires doivent éclairer chaque pièce de manière autonome, plafonnier ou appliques intégrées suffisent. Enfin, le matériel d’entretien ménager s’adapte aux caractéristiques du logement : balai et serpillière pour un sol carrelé, aspirateur si moquette ou tapis. Ce dernier point reste flou dans la pratique et fait l’objet d’interprétations.

Attention
Un voilage fin ne constitue pas une occultation au sens du décret. Il s’agit d’une décoration, pas d’une protection contre la lumière. En cas de contentieux, le juge regarde si la pièce peut être plongée dans l’obscurité, pas si elle est habillée.

Ce que la loi exige vraiment derrière la liste

La liste des onze catégories ne suffit pas à elle seule. Le décret se lit en parallèle de l’article 25-4 de la loi du 6 juillet 1989, qui fixe l’objectif : permettre au locataire d’occuper le logement immédiatement. Cocher la checklist sans réfléchir à la qualité du mobilier expose à des recours, même si chaque case est techniquement présente.

Le test des trois verbes : dormir, manger, vivre

L’article 25-4 définit le meublé comme un logement décent « équipé d’un mobilier en nombre et en qualité suffisants pour permettre au locataire d’y dormir, manger et vivre convenablement au regard des exigences de la vie courante ». Cette formulation pose trois conditions cumulatives, et la jurisprudence vérifie chacune.

Dormir suppose une literie en bon état, pas un matelas usé jusqu’à la trame. Manger suppose une cuisine fonctionnelle, pas un évier et une plaque chauffante posée sur un comptoir. Vivre suppose rangement, éclairage et entretien adaptés à la surface. Le bailleur qui passe d’une location nue à une location meublée doit donc dépasser la checklist : voir notre fiche sur la transformation d’une location nue en meublée pour les implications pratiques.

Chaque pièce doit être équipée conformément à sa destination

Le décret précise que « chaque pièce d’un logement meublé est équipée d’éléments de mobilier conformes à sa destination ». Concrètement, chaque chambre doit comporter une literie, pas seulement la chambre principale. La cour d’appel de Paris l’a confirmé en novembre 2024 dans une décision portant sur un T3 où une seule des deux chambres était équipée.

Pour un investisseur visant la colocation, ce point a une conséquence directe : la liste des onze éléments doit être dupliquée pour chaque locataire en bail individuel. Pour les pièces communes, un seul équipement partagé suffit, à condition qu’il soit dimensionné pour le nombre d’occupants.

À retenir
L’absence d’un seul élément essentiel peut suffire à faire requalifier le bail. Mais à l’inverse, l’absence sollicitée par le locataire (meubles stockés à sa demande) n’ouvre pas le droit à requalification, comme l’a rappelé la cour d’appel de Poitiers en février 2025.

L’inventaire annexé au bail : la pièce maîtresse

La charge de la preuve incombe au bailleur. C’est à lui de démontrer que tous les équipements obligatoires étaient présents à l’entrée dans les lieux. Sans inventaire signé contradictoirement, cette preuve devient quasi impossible à apporter en cas de contentieux. Ce document concentre donc tout l’enjeu de la qualification du bail.

Ce que l’inventaire doit contenir pour tenir devant un juge

L’inventaire détaille chaque meuble pièce par pièce, mentionne l’état (neuf, bon, usagé) et précise la marque pour les équipements à valeur unitaire élevée. Il porte la mention « annexé au bail » et la signature des deux parties. Un inventaire générique (« logement entièrement meublé ») ne vaut rien devant un juge.

L’arrêt de la Cour de cassation du 9 février 2005 a posé le standard : la liste doit viser des éléments d’équipement essentiels (réfrigérateur, plaques, etc.), pas seulement des accessoires. Une liste cosignée comportant uniquement vaisselle et linge de maison ne caractérise pas un meublé.

Photos datées et signature contradictoire : la double sécurité

Les photos datées prises avant la signature constituent un complément précieux. La cour d’appel de Paris (24 avril 2003) a admis ce type de preuve à plusieurs reprises, à condition que l’horodatage soit fiable. Un dossier solide combine inventaire écrit + photos + attestation éventuelle de l’agent qui a réalisé l’état des lieux.

Côté gestion comptable, chaque ligne de l’inventaire correspond à un actif amortissable au régime réel. Le calcul automatisé d’Indy ↗ ventile chaque meuble selon sa durée d’usage et génère le tableau d’amortissement en moins de cinq minutes, à condition que l’inventaire soit propre dès la mise en location.

Sanctions et requalification en location vide

Un bail meublé non conforme s’expose à une requalification en bail soumis à la loi du 6 juillet 1989, donc en location vide. Les conséquences cumulent l’aspect contractuel (durée, dépôt, préavis) et l’aspect fiscal (sortie du régime BIC). Pour un investisseur LMNP, cette bascule détruit la rentabilité du projet.

Ce qui déclenche la requalification dans la jurisprudence récente

Trois lignes se dégagent des décisions 2022-2026. D’abord, l’absence d’un seul élément essentiel peut suffire (CA Paris, novembre 2024 pour une chambre sans literie). Ensuite, la requalification n’est pas automatique : la cour d’appel de Toulouse (mai 2022) a refusé la requalification quand le locataire n’avait jamais sollicité l’élément manquant en cours de bail.

Enfin, le tribunal administratif de Nantes a jugé en février 2026 que l’absence alléguée de certains équipements ne suffisait pas à requalifier les revenus du bailleur en revenus fonciers, dès lors que les baux avaient été conclus comme meublés et que l’objet du contrat restait celui d’une location meublée. Ce signal fiscal reste à confirmer en appel, mais il nuance la sévérité automatique de la requalification côté impôts.

Les conséquences cash de la requalification

Côté contrat, le bail passe de un an à trois ans, le préavis bailleur de trois à six mois, et le dépôt de garantie de deux mois à un mois. Le bailleur doit donc rembourser un mois de loyer hors charges au locataire. S’ajoute souvent un remboursement de trop-perçu sur le loyer, généralement 10 à 30 % plus élevé en meublé qu’en vide pour un bien comparable.

Côté fiscal, le coup est plus rude. Les revenus quittent la catégorie BIC pour rejoindre les revenus fonciers. L’amortissement comptable disparaît, et l’abattement forfaitaire chute de 50 % (micro-BIC) à 30 % (micro-foncier). Sur un studio loué 700 €/mois en réel avec amortissement effaçant l’impôt, la bascule en foncier peut coûter 1 500 à 2 500 € d’IR supplémentaires par an, plus les 17,2 % de prélèvements sociaux.

Erreur fréquente
Penser que le bail signé « meublé » protège juridiquement le statut. La Cour de cassation est claire depuis 1956 : l’intitulé du contrat ne suffit pas, c’est l’état matériel du logement qui qualifie le bail. Un bail signé meublé peut être requalifié à tout moment par le juge sur demande du locataire.

Budget réaliste pour équiper un meublé LMNP

Le coût total d’équipement varie surtout selon la surface et le standing visé. Trois postes structurent la facture : le gros mobilier, l’électroménager et le petit équipement (vaisselle, linge, entretien). Voici les fourchettes observées sur le marché 2026, hors travaux d’aménagement.

Type de bien Mobilier Électroménager Vaisselle & petit équip. Total
Studio 1 500 à 2 200 € 500 à 2 000 € ~500 € 2 100 à 4 800 €
T2 2 000 à 2 500 € 500 à 2 000 € ~700 € 2 800 à 5 500 €
T3 2 500 à 3 000 € 1 000 à 2 000 € ~800 € 3 800 à 6 000 €
T4-T5 3 000 à 4 500 € 2 000 à 3 000 € ~1 000 € 6 000 à 10 000 €
Pack clé en main (prestataire) 3 500 à 15 000 €

Au-delà du budget initial, la couverture du mobilier compte. L’assurance LMNP n’est obligatoire qu’en copropriété mais reste très recommandée en monopropriété : 80 à 200 €/an de prime, déductible au régime réel, couvre le mobilier en cas de sinistre ou de dégradation locative.

Neuf, occasion ou pack clé en main

L’occasion (Leboncoin, Emmaüs, ressourceries) permet d’économiser 30 à 50 % sur la facture totale. Le risque réside dans la durabilité : un canapé d’occasion remplacé tous les deux ans coûte plus cher qu’un canapé neuf de milieu de gamme amorti sur sept ans. La règle pragmatique consiste à acheter neuf le mobilier à fort turnover (literie, sièges), en occasion le mobilier passif (armoires, étagères).

Les packs clé en main de prestataires (Moltow, Easy Mobilier, Nopillo) facturent 3 500 à 15 000 € selon la surface, livraison et montage inclus. Pertinent si le bailleur n’est pas sur place, sinon le coût marginal par rapport à un montage soi-même reste élevé.

Amortissement comptable et seuil des 600 €

Au régime réel, le mobilier supérieur à 600 € TTC s’inscrit à l’actif et s’amortit sur cinq à dix ans selon la nature du bien. La literie tourne autour de cinq à sept ans, le gros mobilier de salon huit à dix ans, l’électroménager cinq à huit ans. En dessous de 600 €, la dépense passe en charge immédiate la première année.

Une nuance importante : pour le mobilier initial acquis lors de la mise en location, JD2M considère que l’amortissement reste obligatoire même sous 600 €, par opposition aux dépenses de renouvellement courant. L’article 84 de la loi de finances 2025 prévoit en outre la réintégration des amortissements dans le calcul de la plus-value à la revente, ce qui change la stratégie long terme.

Pour la ventilation pratique, le tableau d’amortissement automatique d’Indy ↗ applique les durées d’usage retenues par la doctrine fiscale et calcule la dotation annuelle prorata temporis dès la première année.

Cas particuliers : saisonnier, colocation, bail mobilité

La liste des onze catégories reste identique, mais son application varie selon la forme de location. Trois configurations méritent un éclairage spécifique, parce qu’elles concentrent les contentieux récents.

Meublé de tourisme : la liste, et plus encore

Pour un meublé de tourisme, le décret 2015-981 s’applique intégralement. La télévision n’est pas obligatoire au sens légal, mais les voyageurs en attendent une, ainsi qu’un wifi correct et du linge de maison. Le classement étoiles (120 à 250 € sur cinq ans) reste facultatif, mais il ouvre depuis la loi Le Meur un plafond micro-BIC à 77 700 € avec 50 % d’abattement, contre 15 000 € et 30 % pour les non classés.

Colocation : duplication par chambre

En colocation avec baux individuels, chaque chambre devient juridiquement un mini-logement. Chaque chambre doit donc disposer de sa propre literie, de son occultation, et idéalement de ses propres rangements. Les pièces communes (cuisine, salon, salle de bain) restent partagées mais doivent être dimensionnées pour le nombre maximum d’occupants.

Bail mobilité : règles identiques, durée plus courte

Le bail mobilité (article 25-12 de la loi de 1989) couvre une location de un à dix mois non renouvelable. Le mobilier exigé reste celui du décret 2015-981, sans adaptation. La piles des détecteurs de fumée et l’entretien des équipements reviennent au bailleur, et non au locataire comme dans le meublé classique.

Réglementation à venir
Une proposition de loi déposée en novembre 2024 vise à rendre obligatoire l’installation d’un détecteur de monoxyde de carbone dans les logements équipés d’un appareil à combustion (chaudière gaz, poêle à bois). Le texte n’est pas encore adopté, mais l’investissement (15 à 30 € pour un modèle NF EN 50291) anticipe une obligation probable d’ici 2027.
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Notre avis
4,3/5
Cocher la liste est obligatoire, mais l’inventaire signé fait toute la sécurité juridique.
Un meublé non conforme expose à une requalification en location vide, donc à une perte du régime BIC et de l’amortissement. Le budget pour respecter la liste reste contenu (2 100 € pour un studio en fourchette basse, 5 000 à 8 000 € pour un T3 confortable), et chaque euro est amortissable au régime réel. Le vrai levier de sécurité n’est pas le budget, c’est la qualité de l’inventaire annexé au bail avec photos datées et signature contradictoire. Une heure passée sur ce document vaut largement les milliers d’euros qu’elle protège.
Décret 2015-981 lu Jurisprudence 2024-2026 Cas concrets chiffrés

Questions fréquentes

Que se passe-t-il si la liste des meubles obligatoires n’est pas respectée ?
Le locataire peut demander la requalification du bail en location vide. S’il l’obtient, le bail passe à trois ans, le préavis bailleur à six mois, et le dépôt de garantie est ramené à un mois (avec restitution du surplus). Côté fiscal, les revenus quittent les BIC pour rejoindre les revenus fonciers, donc plus d’amortissement et un abattement micro réduit à 30 %.
La télévision et le wifi sont-ils obligatoires ?
Non. Le décret 2015-981 ne mentionne ni télévision, ni écran, ni connexion internet. Ces équipements relèvent du confort commercial. Pour une location longue durée, ils sont rarement attendus. Pour un meublé de tourisme, ils deviennent indispensables pour rester compétitif sur les plateformes type Airbnb ou Booking, mais cela reste un choix marketing, pas une obligation légale.
Le mobilier d’occasion est-il accepté en location meublée ?
Oui, à condition qu’il soit en bon état et permette une jouissance normale du logement. Un matelas affaissé ou un réfrigérateur qui ne descend pas à 6 °C négatifs n’est pas conforme, même neuf. Pour l’amortissement au régime réel, conservez la facture ou rédigez une attestation de valeur vénale justifiée par des annonces datées d’occasion comparable.
Combien de temps amortir le mobilier en LMNP ?
Les durées d’amortissement vont de cinq à dix ans selon la nature du bien. La literie tourne à cinq à sept ans, le canapé et la table à sept à dix ans, le gros électroménager à cinq à huit ans, le petit électroménager à trois à cinq ans. Au-dessus de 600 € TTC, immobilisation et amortissement linéaire. En dessous, charge immédiate, sauf pour le mobilier d’apport initial qui reste amortissable.
Faut-il un inventaire séparé du bail ou peut-il y figurer directement ?
L’inventaire doit être annexé au bail, c’est-à-dire qu’il y figure en pièce jointe avec la mention explicite « annexe au bail ». Il peut tenir sur une page séparée ou dans le corps du bail, peu importe. Ce qui compte, c’est qu’il soit cosigné par bailleur et locataire le jour de l’entrée dans les lieux, et qu’il liste les onze catégories du décret 2015-981 avec leur état.

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